A.N.T.

Association Nationale des Turfistes

Association Loi 1901 - J.O du 13 mars 1996

NOS PRISES DE POSITION

Nous les Turfistes, ces mal-aimés

Les turfistes sont décidément les mal aimés des institutions hippiques et plus particulièrement des preneurs de paris hippiques, à commencer par le PMU, le principal d’entre eux qui « fait la pluie et le beau temps ». La seule course qui intéresse le PMU est celle du chiffre d’affaires. Tout y est mis en œuvre pour prendre chaque jour un maximum d’argent aux parieurs, peu importe comment. Le PMU ne connaît qu’un seul poteau d’arrivée, celui qui lui permettrait d’y devancer la « Française des Jeux ».

Trop de courses

Les moyens mis en œuvre sont scandaleux. Le premier est la multiplication, sans fin des courses de chevaux, de huit par jour à seize, puis vingt quatre souvent sans respect pour l’animal qui s’use prématurément. Pour l’observateur non averti, on pourrait croire que c’est tout cadeau pour les joueurs. Ils peuvent s’en donner à cœur joie bientôt toute la journée. Même si l’addiction est ainsi favorisée, ce qui revient à faire fi des engagements pris envers l’Union européenne. A y regarder de plus près, on a tôt fait de s’apercevoir que nombre de courses proposées se déroulent sur des hippodromes inconnus et mettent aux prises des chevaux de petite catégorie, le tout sous la surveillance de commissaires sans grande expérience. Des délits d’initiés y sont-ils possibles ? Au total, ce n’est pas un cadeau pour les turfistes. Les paris pris dans ce contexte où les arrivées sont imprévisibles, même pour le turfiste le plus connaisseur, ressemblent plus à des jeux de numéros, comme le loto, qu’à des épreuves hippiques.

Trop de jeux

Le second moyen mis au service du seul chiffre d’affaires par le PMU est la multiplication, également sans fin, des jeux. Les turfistes ont tout à y perdre puisque le total des sommes jouées se répartit entre une pléiade de paris variés, ce qui se traduit par des gains minimes. Dans la seule course évènement quotidienne, les sommes misées se répartissent entre douze jeux différents (quinté, quarté, tiercé, multi, 2su4, simple gagnant, simple placé, couplé gagnant, couplé placé, couplé ordre, trio, trio ordre) ! De plus, les montants gagnés au quinté sont à partager entre ceux qui ont trouvé l’ordre, le désordre, les quatre premiers seulement, quatre des cinq premiers ou encore que les trois premiers ! Dans ces conditions, il n’est pas étonnant que des quintés ne rapportent plus rien. Sauf si l’on a tiré le « numéro chance » entre un et trois mille qui apparaît sur le ticket, c’est-à-dire un loto, oui un vulgaire loto, qui s’invite par la grâce du PMU en plein pari hippique.

Le calcul du PMU

Les turfistes sont en réalité les victimes de la politique du PMU qui, lui, trouve son compte dans la multiplication des courses et des jeux. Son calcul est simple. Plus les sommes gagnées sont petites, plus elles sont rejouées. Plus elles gonflent son chiffre d’affaires. L’Association Nationale des Turfistes n’a jamais été dupe de cette politique. Elle ne cesse de la dénoncer, seule de toute la filière hippique avec quelques journalistes bien courageux. Les sociétés de courses commencent à se poser des questions. Elles ont malheureusement suivi le PMU dans la mesure où elles en attendaient des retombées. La croissance de 0,4% seulement du pari hippique en 2010 n’est point faite pour les rassurer. Le Président des entraîneurs de trot M. Christian Bazire s’interroge désormais: « Jusqu’où peut-on aller dans la course aux chiffres ? » Les chevaux surexploités voient leur durée de vie hippique réduite. Les turfistes en subissent aussi les conséquences car ils aiment retrouver les mêmes chevaux tout au long des années pour parier sur leur chance. Ils n’aiment pas les étoiles filantes, à l’image du 3 ans Lammtarra qui a disparu des hippodromes après couru et gagné quatre courses, dont le Derby d’Epsom et l’Arc de Triomphe. Les hommes de cheval sont également victimes de cette politique. Les professionnels subissent les journées décalées, font plus de kilomètres en prenant des risques pour leur santé et leur sécurité sur les routes. La presse hippique, obligée de multiplier le nombre de pages pour imprimer la « musique » de tous les partants, est également mise en danger. Sans presse indépendante, les abus de tous genres seraient facilités. Les courses françaises elles-mêmes finiront par être affectées par la politique du PMU. Leur réputation d’excellence sera menacée par toutes ces courses au rabais dans le cadre de la mondialisation où l’Asie pratique avec finesse la limitation de l’offre.

Mais sont écartés de tout

En dépit de l’existence de leur association, les turfistes ne sont associés à rien. On veut bien leur argent, mais pas leur intelligence. Ils sont écartés de toutes les structures du monde des courses. Ils sont même interdits sur la chaine des courses Equidia. On n’y voit jamais, oh grand jamais, un turfiste. On n’y entend pas de représentant de leur association car toute critique, si constructive soit-elle, y est prohibée. C’est une télévision à la façon « Pravda », où les journalistes sont empêchés de faire leur métier avec un esprit critique qui est pourtant le propre de la profession. Ils sont par contre chargés d’encourager ouvertement les téléspectateurs à jouer, comme des vendeurs de chaussettes sur les marchés. Ils méritent mieux tout comme ceux qui les écoutent.

Les Turfistes financent tout le système

Le PMU a tort de négliger les turfistes. Sans cette clientèle sûre, il se condamne à l’échec. Les joueurs de numéros qu’il privilège lui préféreront à l’expérience l’euromillion et le loto avec le rêve de gros rapports que procurent 50 numéros et deux étoiles pour le premier, 49 pour le second alors que le nombre de chevaux d’une course ne dépasse pas les vingt et se situe généralement autour de seize. Il y a un marché pour le jeu intelligent qui correspond à l’état d’esprit français. Quant à l’utilisation inadmissible de l’argent accumulé grâce aux turfistes pour lancer à grands frais publicitaires des paris sportifs et sur le poker, elle ne lui assure que 10% et 7% de parts de marché. Son pdg ayant affirmé que le chiffre d’affaires s’en était trouvé amélioré, nous lui proposons d’utiliser le surcroît d’argent pour faire la publicité des courses. Les turfistes pourront alors lui pardonner.
Les turfistes financent par leurs jeux l’ensemble du système des courses. Sans eux, toute la filière hippique s’écroulerait. Ils ont leur association, l’Association Nationale des Turfistes, qui existe depuis quinze ans, sans la moindre aide, ni subvention d’aucune sorte, ce qui est la garantie de son indépendance absolue. Elle ne vit que grâce aux cotisations de ses adhérents qui oeuvrent avec le seul souci du bien être des courses et des turfistes, sans en tirer le moindre avantage. Permettez que je salue le dévouement et la qualité de l’engagement des membres dirigeants du bureau national.

L'A.N.T, contre-pouvoir du PMU

Pour faire des propositions de réforme des jeux, les turfistes ont besoin de connaître les données chiffrées relatives à chaque forme de pari, en termes de masses jouées et gagnées, du nombre de tickets enregistrés avec leur valeur et des évolutions dans le temps. Le PMU garde le secret en prétextant le secret commercial. Des réformes s’imposent pour assurer la régularité et la transparence des courses françaises. A commencer par la mise en place de commissaires professionnels et assermentés disposant d’un statut indépendant. Vincennes a fait cet hiver la démonstration des lacunes du système actuel avec ses erreurs répétées, y compris dans une course aussi importante que le Cornulier. Hong-Kong fournit à cet égard un bon exemple, où les commissaires tous indépendants n’ont même pas le droit d’avoir des contacts avec les propriétaires, entraîneurs et jockeys des partants.


Le respect des chevaux qui nous donnent tant de joies exige que le déferrage soit limité, par exemple, à six fois par an et qu’un vétérinaire inspecte l’état physique de tous les partants. De même des délais doivent être imposé aux galopeurs entre deux courses. Que ce soit pour les chevaux, les hommes et les institutions hippiques, l’Association Nationale des Turfistes est un contre-pouvoir. Montesquieu a marqué le monde en estimant qu’à tout pouvoir, il fallait imposer un contre-pouvoir. Les systèmes politiques les plus démocratiques ont été fondés sur cette base. Il est vrai que le monde hippique a du retard dans ce domaine. Dans l’esprit démocratique qui l’anime au service du peuple turfiste, nous continuerons à jouer ce rôle dans l’intérêt de ce merveilleux sport et spectacle à la fois que sont les courses de chevaux.